
À la fin des années 1950, bien avant le fameux OM-VA de 1993, le football français avait déjà connu une tentative de corruption. Certes cela concernait un match de D2 entre Nantes et le Red Star, mais le résultat ne fut pas le même. Au cœur de l’affaire : un gardien hongrois, Lehel Somlay (en photo à droite), un club en quête de gloire, et des dirigeants prêts à tout pour rejoindre l’élite. Retour sur l’« affaire Somlay », un scandale symptomatique de l’époque.
Eté 1959, le Red Star, club mythique, est en deuxième division. Souhaitant retrouver leur lustre d’antan les dirigeants recrutent lourdement : Armand Penverne et René Bliard arrivent du Stade de Reims, accompagnés d’Armand Fouillen et Marius Bruat. Sur le banc, Jiri Hanke succède à Jean Prouff.
Malgré ce recrutement, les résultats tardent et en décembre, le Red Star n’est que dixième. Si les résultats du printemps 1960 foot revenir le club dans la course à la montée, les matchs deviennent de pplus en plus important.
Ainsi, le 6 mai, un déplacement important attend les Audoniens à Nantes et les canaris l’emportent largement 5-1.
Cependant, après la rencontre, Lehel Somlay révèle à son président que quelques jours avant le match, un inconnu avait frappé à sa porte et lui avait tendu une enveloppe de 20 000 francs pour « laisser passer » quelques ballons, ce que Somlay, joueur intègre à l’image d’un Glassman en 1993, refuse.
Le président nantais alerte le Groupement des clubs professionnels (ancêtre de la LFP). Mais comme le Red Star a perdu, l’histoire est immédiatement enterrée.
Le Red Star malgrè tout se reprend et se retrouve en position de jouer la montée lors de la dernière journée, face à Troyes. Le Stade Bauer est plein à craquer. Le score final 1-1 face Troyes ont eu raisons des derniers espoirs audoniens de monter.
L’affaire aurait pu se terminer là, mais dans les tribunes, Lehel Somlay assiste à la rencontre… et reconnaît parmi les spectateurs l’homme de l’enveloppe. Il s’agit de M. Usunier, le trésorier du Red Star. La tentative de corruption est alors confirmée.
Le scandale rebondit alors d’autant plus que le Red Star traîne déjà un passé sulfureux. En 1955, le club avait été sanctionné pour avoir payé des primes de victoire à des adversaires directs de ses concurrents à la montée. Une pratique jugée « antisportive » en France.
Résultat : Gilbert Zenatti, président du club fut suspendu trois ans et Charles Nicolas, l’entraîneur, radié à vie.
Or, en 1960, l’enquête révèle que malgré ces sanctions, Zenatti n’a jamais vraiment quitté la direction, tandis que Nicolas restait un décideur dans les arcanes du club. Le Red Star est donc récidiviste.
L’affaire sort dans la presse à l’été 1960 et la Ligue se retrouve sous pression.
Les sanctions tombent alors avec entre autres : Zenatti qui est à nouveau suspendu, et le Red Star qui est officiellement exclu du football professionnel.
Mais finalement la menace de révélations explosives de Zenatti (qui aurait pu impliquer d’autres clubs ?) a incité la Ligue à calmer le jeu et réintègre le club en D2 pour la saison suivante.
La presse s’indigne et dénonce le silence coupable des instances : « Pourquoi la Ligue a-t-elle soigneusement évité de citer le nom de l’auteur de la tentative de corruption ? Pourquoi a-t-elle évité de demander au président du Red Star d’expliciter ses menaces ? Est-ce parce que ces révélations risquaient de mettre en cause d’autres clubs plus huppés ? » mais l’affaire en reste là.
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